210826 - CIN CDC - « SOLO » - D'ARTEMIO BENKI
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210826 - CIN CDC - « SOLO » - D'ARTEMIO BENKI
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d'Artemio BENKI
2019 – France, République tchèque, Argentine, Autriche
1 h 30 mn
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Volatile harmonie
par Valentine Guégan
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C'est un geste audacieux de la part d'Artemio Benki, tristement disparu peu après avoir réalisé ce premier long métrage, que de restituer la vie intérieure de Martin Perino, pianiste argentin prodige souffrant de troubles mentaux à l'origine de sa solitude et de sa marginalité, mais également constitutifs de son approche radicalement libre de la création musicale. Adoptant tour à tour la proximité et la distance requises pour faire éclore une vérité intime tout en préservant l'aléatoire de l'existence, le film accompagne Martin dans sa quête thérapeutique, très vite indissociable d'un permanent besoin de s'asseoir devant un piano après son départ de l'hôpital El Borda (institution psychiatrique de Buenos Aires réputée pour ses méthodes innovantes) et dès lors qu'il se trouve confronté à la « vie réelle », offrant peu d'opportunités à un musicien précaire. Consacrant un temps égal à la vie à l'hôpital et à la réinsertion sociale, le film ne s'emploie pas tant à décrire les difficultés propres à l'une ou à l'autre qu'à révéler le douloureux passage, la délicate transition du monde intérieur au monde extérieur. L'appréhension de Martin, à l'idée de quitter l'hôpital, lieu clos, protégé, régulé, propice à la liberté artistique du pianiste, fait écho au problème existentiel qu'il soulève lorsque, essuyant les refus des organisateurs de spectacles de rue dans lesquels il aimerait obtenir cinq minutes de prestation, il constate la difficulté de « négocier » avec la réalité. Chaque accommodement, chaque concession sont vécus violemment par lui, dont les envies d'improvisation, le rapport absolu à la musique se heurtent au froid pragmatisme de la vie en société. La fragilité de son talent, sans cesse menacé de désincarnation (sans piano, il est réduit à tapoter silencieusement sur une table), va de pair avec celle de sa santé. Martin oscillant entre moments d'exaltation musicales fugaces et périodes d'inactivité où son corps s'abîme. La musique est ainsi pour lui une thérapie de l'âme et du corps : il reprend vie dans la fusion avec l'instrument dont il s'empare. Auscultant le visage absorbé du personnage, la puissance conductrice de ses mains, la mise en scène fait presque ressortir sa capacité à s'extraire du réel jusqu'au point de tuer son être corporel, comme lorsqu'il tombe du tabouret de piano en plein concert, emporté dans son élan. Si Martin tient de l'enfant, c'est par sa capacité hors du commun à vivre au présent, à être extraordinairement attentif à ce qui est. Lorsqu'il initie au piano une classe d'étudiants, ignorant toute approche théorique, il rend sensibles les élèves à la magie de l'harmonie en les priant d'écrive ce qu'ils ressentent. La séquence suivante le montre s'émerveillant à la lecture des papiers qui ont immortalisé les émotions : et de conclure qu'il a passé une belle journée. Le film donne lui aussi à se réjouir des interférences qui peuvent se produire entre l'évidence de l'art et l'inévidence du monde. ■
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