210524 - MUS QZD - BEETHOVEN, BARTOK & BACH - QUATUORS A CORDES & FUGUE - QUATUOR DANOIS

 





210524 - MUS QZD - BEETHOVEN, BARTOK & BACH - QUATUORS A CORDES & FUGUE - QUATUOR DANOIS






QUATUOR DANOIS

« Prism III »

BEETHOVEN – Quatuor à cordes n°14

BARTOK : Quatuor à cordes n°1

BACH – Fugue BWV 849




TECHNIQUE : 4/5

Enregistrement en novembre 2017 au Reidstadel de Neumarkt (Allemagne) par Markus Heiland. Captés en proximité, les instruments sont bien définis, en cohésion avec l'espace acoustique, sur une ligne, dans une image ample qui les unit à merveille les uns aux autres.





Le troisième volet du projet « Prism », qui met en regard Bach, un des derniers quatuors à cordes de Beethoven et un autre chef-d'œuvre plus récent, est aussi le plus réussi, malgré les qualités déjà remarquables des précedents (cf. n° 678 et 657). Avant tout parce que la relation entre le Quatuor op. 131 (1826) de Beethoven et le Quatuor op. 7 (1907-1909) de Bartok éclate d'évidence, mais pas seulement. Vibrato très dosé et parfaitement synchrone, raffinement irréprochable des inflexions et des nuances, spontanéité et ferveur juvéile, densité constamment alliée à une volonté d'aération des textures : fêtant prochainement le vingtième anniversaire de leur formation, les excellents musiciens du Quatuor Danois osent une nudité, une vérité décapante dans l'Opus 131 en ut dièse mineur. Sans confondre l'extrrême clarification des lignes avec une abstraction par trop distanciée ou intellectuelle, ils parviennent ainsi à rendre limpide une partition escarpée dont les sollicitations techniques n'ont d'égales que les audaces d'invention.

De la fugue initiale, non plus génératrice de conflits mais porteuse du geste expressif caractérisant tout l'ensemble, jusqu'au foisonnement des six autres parties enchaînées, les ruptures, les changements de climat et de stratégie (dès la troisième variation de l'Andante) se transmuent en une continuité aussi interrogative que directionnelle, malgré les rythmes sauvages, les silences tendus de la « danse du monde » qu'est, Wagner dixit, le finale.

On peut bien sûr imaginer lecture plus lyrique et solaire (Italiano, Alban Berg) ou à l'inverse plus ascétique (Julliard), mais les Danois prolongent leur vision épurée de l'Opus 131 dans leur approche du Quatuor n°1 de Bartok, sans d'ailleurs en surligner la filiation bééthovénienne ni même les autres influences (Reger, Debussy). À rebours de la récente version des Jérusalem (HM, cf. n°695), l'extrême finesse des attaques et des nuances dynamiques n'est pas synonyme de sphistication ou d'intellectualisation, ni de la prééminence d'un climat uniment « tritanesque ». L'approfondissement rythmique et l'acuité sonore soulignent au contraire toute la verdeur du premier chef-d'œuvre en date de Bartok. Dans cette interprétation âpre et incisive, le chromatisme tortueux du jeune Bartok ne rappelle que de fort loin l'austère monolithe beethovénien. En guise de postlude, la Fugue BWV 849 en ut dièse mineur de Bach (extraite du Clavier bien tempéré et transcrite par Forster) sonne ici comme l'ultime et vespérale transfiguration du genre.

Patrick Szersnovicz




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