210429 - MUS DIA MAG - NATALIE DESSAY - NATALIIIIIIIE

 





210429 - MUS DIA MAG - NATALIE DESSAY - NATALIIIIIIIE







Nathalie DESSAY (soprano)


« THE OPERA SINGER »


ERATO, 33 CD + 19 DVD


Diapason d'or








Nataliiiiiiiiiiiie


Un gros coffret de 33 CD et 19 DVD célèbre notre diva (pardon : anti-diva), et résume une carrière lyrique intelligemment et rondement menée, sur scène come au disque.


« Un soprano léger, mais percutant et charnu » charme Christophe Capacci par un premier récital d' « Airs d'opéras français » (1996) avant de captiver Michel Parouty dans un deuxième bouquet (2003), saluant une artiste « qui, à force de travail prudent, a réussi à étoffer sa voix ». Poursuivons : en 2007, voici Nalatie Dessay dans l'opéra italien. « Le matériau », note Emmanuel Dupuy, « à force de volonté, a évolué vers davantage de couleur, un médium et un grave nourris ». Couronnée la même année par un Diapason d'or dans La sonnambula de Bellini, la soprano peut enfin aborder La traviata : nouveau trophée en 2012.

Warner célèbre notre Natalie sans « h » et son éblouissant parcours dans un coffret passionnant, additionnant disques et vidéos – depuis la petite Fiakermili au Met en 1994 (Kiri Te Kanawa est Arabella) jusqu'à l'Antonia des Contes d'Hoffmann du Liceu en 2013. Ne cherchez ni oratorios, ni ses Bach et Mozart sacrés : l'éditeur s'en tient ici à l'opéra, ce qui représente – déjà – douze intégrales en CD, autant de DVD, six récitals, sans compter des bonus - « Glitter and be gay » de Candide, la folie de Lucia filmée ...

Cette torche vive n'aime tant que la scène. Voyez La Traviata taillée sur mesure par Jean-François Sivadier. La chanteuse n'avait pas vraiment la voix du rôle, et pourtant ... l'incarnation psychologique est bouleversante (magnifiée par les caméras de Don Kent) et idéalement entourée – partenaires, chef, orchestre ... Dans Manon au Liceu, les seconds rôles n'étaient pas à la hauteur, mais le spectacle élégant de David McVicar et le couple de rêve formé par Dessay et Villazon valent le détour.


Folies et délires


Dans Hamlet d'Ambroise Thomas, son Ophélie semble littéralement s'autodétruire, face à un Keenlyside sombre et torturé à souhait. Et cette Fille du régiment si pétillante avec Juan Diego Florez ? Et le joyeux délire de cet Orphée aux enfers réglé par Marc Minkowski, dans une distribution de luxe ? Les joyaux abondent ! Si le spectacle d'Elihah Moshinky pour l'Ariadne auf Naxos du Met est bien quelconque, la Zerbinetta « superlative de Natalie Dessay, mutine [...] justifi[ait] à elle seule la publication de cette soirée » (Michel Parouty).

Zerbinetta, son rôle absolu. Elle en avait la voix et le tempérament. Le disque n'a pas pleinement rendu justice à cette adéquation. En CD, la direction de Sinopoli est trop raide, trop analytique, et l'Ariane de Voigt bien prosaïque. Dommage pour le compositeur d'Anne Sofi von Otter ! Goûtez plus les plages principales glissées dans le récital « Amor », face à Sophie Koch et une Pappapo aux petits soins.

Autres merveilles : La sonnambula de Bellini et Le Rossignol de Stravinsky trônent dans notre panthéon. Plusieurs intégrales méritent, avec le recul, qu'on s'y arrête. Tant pis si Susan Graham n'est pas le Ruggiero idéal dans Alcina, tant pis si le Gerald de Gregory Kunde dans Lakmé et l'Edgard de Roberto Alagna dans Lucie de Lammermoor (version française) ne sont pas à leur mieux. Pour ces opéras, on trouve aussi bien ailleurs, mais guère mieux. L'héroïne, elle, y reste chaque fois remarquable. Rien n'y fait, en revanche, pour le bizarre Orfeo montéverdien d'Emmanuelle Haïm (Dessay n'y chante que le prologue) ni Les Contes d'Hoffmann sur papier glacé de Kent Nogaro.

Les récitals, enfin, viennent rappeler quelle fine musicienne sait être aussi Natalie Dessay. Ces « Mozart Heroïnes » affichent une impeccable conduite des lignes, les deux florilèges d'opéras français trouvent toujours l'expression juste, tandis que les airs italiens de 2007 démontrent « une authentique morbidezza, un art de cantabile d'une extrême souplesse » (Emmanuel Dupuy).


Loïc Chahine




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