210330 - LIT TEL - « LA VIE DES MORTS » - DE JEAN-MARIE LACLAVETINE
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210330 - LIT TEL - « LA VIE DES MORTS » - DE JEAN-MARIE LACLAVETINE
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Récit
La vie des morts
Jean-Marie Laclavetine
Éditions Gallimard
208 pages
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Marine Landrot Telerama n°3716 Créé le 31/01/2021.
L’auteur, qui avait fait revivre sous sa plume sa sœur défunte il y a deux ans, s’adresse aujourd’hui à elle pour conjurer sa peur de la mort. Bouleversant. « Il faut que je te raconte », commence Jean-Marie Laclavetine. Que cache cette parole en trompe-l’œil ? La double mission que l’auteur s’est assignée, pour honorer la mémoire de sa sœur Annie, emportée sous ses yeux par une vague mortelle, à 20 ans, alors qu’elle se promenait au-dessus de la baie de Biarritz, le 1er novembre 1968. Il faut qu’il la raconte. Il faut qu’il lui raconte. Entre les deux, son œuvre balance, donnant à ses écrits un mouvement de roulis imprévisible et implacable. La raconter fut l’objet d’un livre splendide, Une amie de la famille, paru il y a deux ans. Au fil d’une minutieuse enquête dans la mémoire des vivants, ponctuée de hasards saisis comme des mains tendues, Jean-Marie Laclavetine se délestait d’un secret fondateur, tout en offrant une nouvelle existence à la défunte. Il découvrait le caractère complexe d’Annie, jeune fille des années 1960 vive et tourmentée, pleine d’aplomb et d’intelligence, de désir d’émancipation et de peur du renoncement. D’innombrables lecteurs sentirent les répercussions profondes de ce récit dans leur vie. Des souvenirs de deuils resurgirent, des coïncidences se firent jour. Des anonymes écrivirent à l’auteur pour les partager, des connaissances d’Annie se manifestèrent pour compléter le puzzle. Il fallait maintenant que Jean-Marie Laclavetine lui raconte. Tout ce qui s’était passé sans elle et grâce à elle. Le retentissement du livre. L’incroyable déferlement après la première vague. Le brouhaha sous le crâne de l’écrivain, proféré par d’autres proches disparus qui voulaient se raconter, eux aussi. Son incapacité à se dégager de leur emprise et à écrire autre chose que leur chuchotis lancinant. Alors voici La Vie des morts, splendide litanie pour qu’Annie ait de la compagnie, mais aussi gigantesque opération de survie pour les vivants sur le point d’être engloutis. « Les jours filent, Annie. Je les regarde bondir comme un torrent de plus en plus sauvage, contrairement à l’idée qu’on se fait de l’âge, souvent présenté comme un fleuve toujours plus serein, censé nous donner patience et sagesse et nous emmener avec la lenteur qui convient vers la froide demeure », écrit-il à sa sœur, lui confiant une mission à son tour. Celle de conjurer sa peur de mourir, déjà apaisée par une multitude de romans qu’il cite abondamment, mais encore si obsédante. Le mystère de cet échange de bons services, entre le frère et la sœur, entre les livres et les lecteurs, entre les vivants et les morts, est ici célébré en beauté, dans le courant d’une écriture limpide et magnétique.
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