210131 - LIT TEL - « DE SABLE ET DE NEIGE» -CHANTAL THOMAS

 





210131 - LIT TEL - « DE SABLE ET DE NEIGE» -CHANTAL THOMAS






Roman



De sable et de neige



Chantal Thomas



Éditions Mercure de France, collection Traits et portraits


208 pages




Nathalie Crom

Telerama n°3707

Créé le 26/01/2021.


L’écrivaine se remémore ses étés à Arcachon et la figure de son père.

Aux récits qui, en marge de ses romans ou ses essais, dessinent peu à peu, au fil des ans, son « autobiographie indirecte », Chantal Thomas ajoute aujourd’hui cette paperolle. Tel un rouleau de papier japonais qu’elle déviderait avec délicatesse, pour révéler en ses plis et déplis son centre de gravité : l’enfance et la capacité à vivre dans « l’éclat de l’instant », « l’instant ébloui [qui] ouvrait sur l’éternité », sans avoir à payer le tribut de la mélancolie — à jouir de l’éphémère sans anticiper le sentiment de défaite et d’impuissance qui souvent va avec. « Nous, les enfants qui n’avions aucun sens de la ruine, nous avions le sable radieux », écrit-elle superbement tandis qu’elle égrène le chapelet sensuel des souvenirs de ses étés d’alors au bord de l’Atlantique, dans le bassin d’Arcachon. Méditant sur leur splendeur intacte. Convoquant par le texte et l’image (des archives familiales, des photographies d’aujourd’hui signées Allen S. Weiss) la petite fille qu’elle fut, les adultes qui l’entouraient sans pénétrer jamais dans son monde. Délaissant cette fois Jackie, sa mère, la grande et secrète nageuse à laquelle elle a consacré il y a trois ans ses Souvenirs de la marée basse (2017), pour faire cette fois place à son père, non moins secret.

Qu’est-ce qui fait qu’auprès de lui, par exemple embarqués tous deux sur un petit bateau le temps d’une partie de pêche, la fillette pleine de vivacité et d’imagination soudain s’immobilise et se tait, épousant le silence et le calme dans lesquels lui-même se tient, accordant son humeur à la sienne ? « Avec mon père, je n’ai plus envie de parler, ni de jouer. Je suis saisie d’un sentiment de gravité si intense et entier qu’il me semble quelquefois que le goût de la parole et l’envie de jouer n’ont pas été premiers, qu’ils ont été des adjuvants, précieux, merveilleux, pour me doter d’une force de désinvolture dans un univers tragique. » Chantal Thomas ne cherche pas à mettre des mots précis sur cette entente profonde et mystérieuse entre le père et l’enfant. Elle l’esquisse et la médite, elle s’en éloigne pour mieux la regarder et la chérir, se gardant de l’épingler sur la page. C’est qu’il en va peut-être de la mémoire et des sentiments comme des sternes noires qu’enfant elle regardait, éblouie : les nommer ne risquait-il pas d’« enlever aux oiseaux quelque chose de leur grâce d’envol ».






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